Peu après l'introduction du dosage de la prolactine au début des années 70, on a constaté que les tumeurs hypophysaires sécrétant de la prolactine, les prolactinomes, se révélaient être les tumeurs les plus fréquentes au niveau de hypophyse. Plus de la moitié des tumeurs de l'hypophyse cliniquement diagnostiquées sont des prolactinomes. La plupart des tumeurs qui avant l'ère de la prolactine étaient considérées comme endocrino-inactives ont été identifiées rétrospectivement comme des prolactinomes. Dans 65% des cas, les prolactinomes sont des "microprolactinomes" d'un diamètre de moins de 10 mm et se décèlent principalement chez les femmes. Les "macroprolactinomes" sont par contre de volumineuses tumeurs sécrétantes, parfois à prolifération invasive, dépistées aussi fréquemment chez l'homme que chez la femme.
Les prolactinomes malins (carcinomes des cellules de prolactine) sont très rares. Ces tumeurs malignes libérant de la prolactine comptent toutefois parmi les cancers de l'hypophyse les plus fréquents. La plupart des micro- et macroprolactinomes sont dépistés chez des patients entre 30 et 50 ans. Chez les enfants, les prolactinomes sont très rares.
La prolactine est souvent synthétisée et libérée conjointement à l'hormone de croissance. Les adénomes sont dans ce cas des tumeurs mixtes somato-mammotropes, dans lesquelles prolactine et hormone de croissance se détectent non seulement au sein d'une même cellule mais également dans un même granule de sécrétion. Il se peut également qu'une hyperprolactinémie provienne d'une compression de la tige pituitaire de l'hypophyse due à l'infiltration suprasellaire d'une tumeur hypophysaire. Dans ce cas, la prolactine n'est pas sécrétée par la tumeur, mais par le tissu antéhypophysaire sain qui est alors soustrait du contrôle inhibiteur hypothalamique (pseudoprolactinome, hyperprolactinémie secondaire).
La production de prolactine en dehors de l'hypophyse dans des tumeurs pulmonaires ou autres tumeurs extrahypophysaires est certes évoquée dans la littérature médicale, mais est en réalité extrêmement rare.
Les prolactinomes sont monoclonaux, c'est-à-dire qu'ils se forment à partir d'une cellule mutante. La rapidité d'expansion du clone cellulaire dans l'hypophyse est très variable: le taux de croissance des microprolactinomes est généralement très lent, tandis que les macroprolactinomes prolifèrent très rapidement et atteignent un volume considérable.
Alors que la biologie des micro- et macroprolactinomes se différencie clairement au niveau de leur tendance à la prolifération, de leur invasivité, de leur activité de synthèse et de libération de prolactine, leur ultra-structure ne présente pas de différences essentielles. L'ultra-structure des cellules de prolactine hypophysaires d'une femme enceinte ne se distingue pas non plus nettement de celle des cellules prolactinomiques. Il s'agit en général de cellules au noyau lobé et au nucléole (corpuscule du noyau cellulaire) protubérant au réticulum endoplasmique nettement rugueux, et de quelques granules de sécrétion isolés susceptibles d'avoir des tailles très différentes.
Les microprolactinomes sont diagnostiqués fréquemment chez les femmes, plus rarement chez les hommes (fig. 4). Ils ne provoquent généralement pas de modifications de la structure osseuse de la selle turcique détectables par imagerie latérale du crâne. On estimait jadis que la plupart des patientes dont la selle turcique était radiologiquement normale, étaient atteintes d'une hyperprolactinémie dite fonctionnelle, sans origine tumorale. Actuellement, les examens par résonance magnétique nucléaire (IRM) aux possibilités d'exploration de plus en plus puissantes, permettent de détecter dans la majorité des cas la présence de petits microprolactinomes qui, vu leur taille, ne modifient pas la structure osseuse de la selle turcique (fig. 5).

Fig. 4: Taux de prolactine chez 456 patients et patientes atteints d'hyperprolactinémie, avec et sans indice radiologique d'une tumeur de l'hypophyse. Des taux élevés de prolactine allant jusqu'à 10.000 mE/l en cas de modifications radiologiques normales à discrètes de la selle turcique ne sont pratiquement observés que chez les femmes. Par ailleurs, les macroprolactinomes se détectent aussi fréquemment chez les hommes que chez les femmes. Le taux de prolactine (échelle logarithmique) est en corrélation avec le volume du prolactinome.

Fig. 5: IRM d'un microprolactinome. Le microprolactinome émettant les signaux les plus faibles est situé sur le côté droit de l'hypophyse et exerce une pression sur la tige hypophysaire qui se trouve repoussée vers l'autre côté. La citerne suprasellaire (zone noire) est libre. Les nerfs optiques (chiasma optique) ne sont pas affectés.
Les gros prolactinomes conduisant à un ballonnement ou une destruction de la selle turcique se rencontrent aussi fréquemment chez l'homme que la femme. Ces tumeurs sont souvent responsables de troubles hormonaux, mais également de perturbations neurologiques, en particulier d'une compression du croisement des nerfs optiques causant une hémianopsie bitemporale (perte bilatérale de la moitié d'un champ de vision). Quant aux macroprolactinomes "géants" (fig. 6), ils sont à l'origine d'une parésie des muscles oculaires allant jusqu'à la cécité totale. Ce type de tumeur est également susceptible de proliférer à l'intérieur du troisième ventricule et de bloquer la circulation du liquide céphalo-rachidien (blocage de Foramen-Monroi), provoquant une hydrocéphalie interne et un état comateux (tabl. 3).

Fig. 6: Macroprolactinome géant ("giant prolactinoma") chez une patiente de 50 ans. L'IRM en projection coronaire (haut) et sagittale (bas) révèle un macroprolactinome détruisant la base du crâne, proliférant profondément dans le cerveau et le système ventriculaire.
| Femmes | Hommes |
Aménorrhée Oligoménorrhée Insuffisance du corps jaune Anovulation Troubles de la libido Hirsutisme Séborrhée | Troubles de la libido Impuissance Hypogonadisme avec ou sans gynécomastie (développement mammaire) Galactorrhée (rare) |
| Indices d'une tumeur de l'hypophyse |
Insuffisance du lobe antérieur de l'hypophyse Rétrécissement du champ de vision Parésie des muscles oculaires Maux de tête Troubles cérébraux (blocage de Foramen-Monroi) |
Tab. 3:Symptomatologie clinique de l'hyperprolactinémie