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L´hyperprolactinémie
Table des matières
5. Traitement de l´hyperprolactinémie
5. 2 Traitement de la stérilité d´origine hyperprolactinémique
5.1 Les agonistes de la dopamine
L'inhibition des sécrétions de prolactine par les agonistes de la dopamine est liée à l'effet dopaminergique spécifique de l'ergot de seigle qui présente une forte affinité au récepteur de dopamine (D2). Nous distinguons 3 groupes d'agonistes, classifiés en fonction de leur structure:
- les dérivés amides d'acide lysergique (p. ex. la bromocriptine = Pravidel ®)
- les dérivés amines d'ergoline (lisuride = dopamine ®, cabergoline = Dostinex ®)
- les dérivés de clavin (p.ex. le pergolide).
Le seul agoniste de la dopamine non dérivé de l'ergot de seigle et présentant une très grande affinité au récepteur D2 est le quinagolide (= Norprolac ®).
Les agonistes de la dopamine se différencient au niveau de leur activité biologique, de leur demi-vie et de leur tolérance (tabl. 7, fig. 11).
La bromocriptine fut le premier agoniste de la dopamine à être utilisé dans le traitement de l'hyperprolactinémie, ce qui en fait un produit amplement explicité, notamment au niveau de ses éventuels effets secondaires, en particulier de son action tératogène (= provoquant des malformations). La bromocriptine est donc toujours considérée comme un "goldstandard" (voir tabl. 7). Le lisuride appartient aux agonistes dopaminergiques de la première génération, ainsi que le terguride, ce dernier n'étant toutefois pas disponible en Allemagne. Quant aux agonistes de la dopamine de la seconde génération, on peut citer la cabergoline et le quinagolide, seul agoniste non dérivé d'ergoline. Les autres agonistes de la dopamine ne sont pas agréés en Allemagne ou, le cas échéant, non autorisés pour le traitement de l'hyperprolactinémie (comme p.ex. le pergolide, autorisé uniquement pour le traitement du syndrome de Parkinson).

Fig. 11: Inhibition de la libération de prolactine après une seule administration orale de différents agonistes de la dopamine. Les agonistes de la dopamine se différencient au niveau de leur action et de leur demi-vie biologique.
| Produit/ nom générique | Nom commercial | Dosage (mg) | Posologie | Remarques |
|---|
| Bromocriptine | Pravidel®/Kirim® | 1,25 - 20 | 1-3 x /jour | "Goldstandard" | | Lisuride | Dopergin® Cuvalit® | 0,2 -2,6 | 2-3 x /jour | alternative à la bromocriptine | | Quinagolide | Norprolac® | 0,075 -0,75 | 1 x /jour | agoniste de la dopamine de la "seconde génération" | | Cabergoline (CV 205 - 502) | Dostinex® | 0,5 - 2,0 | 2-4 / semaine | agoniste de la dopamine de la "seconde génération" | | Metergoline | Liserdol® | 4 -16 | 3 x /jour | agoniste de la dopamine et antagoniste partiel de la sérotonine; indiqué seulement en cas d'hyperprolactinémie grave |
Tab. 7:Les agonistes de la dopamine en traitement de l'hyperprolactinémie
La cabergoline est l'agoniste pourvu de la plus longue demi-vie biologique et ne doit donc être administrée qu'une à deux fois par semaine. De même, le quinagolide ne doit être administré qu'une fois par jour, contrairement aux agonistes dopaminergiques de la première génération qui s'administrent généralement deux à trois fois par jour (fig. 11).
Parmi les effets secondaires sévères des agonistes de la dopamine, on compte l'hypotension orthostatique (hypotension à la station debout), les vertiges, les nausées et vomissements. A long terme, on peut également observer des céphalées, une sécheresse nasale, plus rarement des modifications psychotiques et des crampes vasculaires des doigts au contact du froid (tabl.8).
| Effets secondaires des agonistes de la dopamine |
Hypotension orthostatique Vertiges Nausées, vomissements, céphalées Sécheresse nasale Constipation Vasospasmes digitaux Psychoses (hallucinations) Dérèglements du rythme cardiaque Perte de poids |
Tab. 8: Effets secondaires des agonistes de la dopamine
C'est pour ses raisons qu'une thérapie à base d'agonistes de la dopamine doit débuter avec des doses très faibles. Les comprimés seront toujours pris directement après le repas, le premier après le repas du soir. Même si le traitement débute très progressivement (p.ex. 1,25 mg de bromocriptine le soir), on observe chez env. 20% des patientes une intolérance à la bromocriptine aussi bien qu'au lisuride. Il arrive même qu'il soit impossible de traiter des patientes consultant pour stérilité par administration orale de bromocriptine, malgré leur forte motivation. Il est rare qu'on puisse remédier à ces intolérances en optant pour un produit alternatif de première génération. Pour les patientes présentant une intolérance aux agonistes de la dopamine de la première génération, il est donc préférable d'envisager les agonistes de la dopamine de la seconde génération, c'est-à-dire la cabergoline ou le quinagolide, qui offrent généralement un meilleur taux de réussite.
Ne s'administrant qu'une ou deux fois par semaine, la cabergoline est mieux tolérée que la bromocriptine. A l'issue d'une vaste étude en double aveugle publiée en 1994 par Webster & al. et comparant bromocriptine et cabergoline sur plus de 300 patients, on a pu prouver que la cabergoline était plus effective et moins pourvue d'effets secondaires que la bromocriptine (tabl. 9). La fig. 12 montre une patiente consultant pour stérilité. Des doses maximum de bromocriptine à la limite de la tolérance n'ont pas eu l'effet espéré, alors qu'un traitement à la cabergoline, bien toléré, permit de normaliser le taux de prolactine et d'obtenir la grossesse désirée.
| Effet | Bromocriptine | Cabergoline | | | (n = 231)Patientes (%) | (n = 221) | Nausées Vomissements Constipation Céphalées Vertiges Troubles gastro-intestinaux Faiblesse Douleurs mammaires Dépression Bouffées de chaleur | 115 (50) 22 (10) 21 (9) 68 (29) 59 (26) 45 (20) 41 (18) 12 (5) 4 (2) 5 (2) |
68 (31) 10 (4) 15 (7) 66 (30) 55 (25) 34 (15) 29 (13) 10 (4) 7 (3) 7 (3) |
Sources: Webster et al., N. Engl. J. Med. 331 (1994), 904
Tab. 9:Effets secondaires de la bromocriptine et de la cabergoline chez les femmes atteintes d'hyperprolactinémie

Fig. 12: Traitement à la cabergoline en cas d'intolérance à la bromocriptine. Une tolérance maximum de 10 - 12,5 mg de bromocriptine ne permit pas de normaliser le taux de prolactine. Un traitement à hautes doses de cabergoline de 2,5 mg par semaine fut bien toléré et permit de normaliser les taux de prolactine ainsi que l'ovulation, d'où une grossesse consécutive sans complications.
La posologie moyenne de cabergoline est comprise entre 0,5 -1 mg/semaine, dépassant rarement 2,5 mg (tabl. 9).
Le quinagolide, seul agoniste de la dopamine non dérivé de l'ergot de seigle, possède également une demi-vie de longue durée et est généralement mieux toléré que la bromocriptine. La fig. 13 concerne une patiente qui ne put retrouver des taux de prolactine normaux que grâce au quinagolide, et non avec de la bromocriptine, ce qui conduisit à une grossesse sans complications.

Fig. 13: Traitement au quinagolide en cas d'intolérance à la bromocriptine. Cette patiente âgée de 30 ans ne tolérait que 2,5 mg maximum de bromocriptine pas jour, dose insuffisante pour normaliser les perturbations de ses fonctions ovariennes. Ce n'est qu'après une prescription de quinagolide (Norprolac®) que la patiente put avoir des cycles menstruels normaux avec ovulation régulière, suivis d'une grossesse sans problèmes. Après l'accouchement, la patiente présenta une baisse quasiment normale du taux de prolactine et continua à avoir des cycles réguliers (voir texte).
Le traitement au quinagolide débute avec une posologie de 50 µg par jour, s'élevant quelques jours plus tard à 75 µg. Les doses moyenne pour le traitement d'une hyperprolactinémie, notamment d'un prolactinome, varient entre 75 et 300 µg par jour (tabl. 7).
Outre les intolérances à la bromocriptine et au lisuride, il existe également une réelle résistance. Il n'est toutefois pas toujours évident de différencier clairement résistance et intolérance. Toute indice de résistance à la bromocriptine justifiera donc une tentative de thérapie à la cabergoline ou le quinagolide, vu que dans de nombreux cas, ces produits permettent un abaissement satisfaisant du taux de prolactine, jusqu'alors impossible à obtenir avec la bromocriptine, même à hautes doses. Il se peut également que certaines patientes opposent une résistance totale à tous les agonistes de la dopamine. Dans ces cas, il est fort probable qu'on soit en présence d'une disparition du récepteur de dopamine dans le cadre d'une indifférenciation du prolactinome. Il se peut encore qu'une déficience de post-récepteur soit à l'origine d'une résistance complète aux agonistes de la dopamine.
Après normalisation médicamenteuse des taux de prolactine, la femme peut avoir des cycles ovulatoires normaux et l'homme est de nouveau en pleine possession de sa puissance sexuelle, ce qui prouve l'origine fonctionnelle du dérèglement hyperprolactinémique des fonctions gonadiques.
En cas de microprolactinomes et de macroprolactinomes intrasellaires, l'hyperprolactinémie se normalise pratiquement dans tous les cas, par administration de 2,5 à 10 mg de bromocriptine par jour, ou de doses équivalentes d'autres agonistes dopaminergiques (fig. 14). Les macroadénomes nécessitent souvent des doses plus élevées (fig. 14). En cas de macroprolactinomes invasifs, les agonistes de la dopamine sont également le traitement de choix, vu qu'ils génèrent non seulement une inhibition de la sécrétion prolactique, mais également une atrophie spectaculaire de la tumeur (fig. 15-17).

Fig. 14: Taux de prolactine avant et après un traitement à la bromocriptine.
A.: Sur ces 66 patients atteints de macroprolactinomes, la plupart avaient été opérés auparavant.
B.: Chez 73 patients atteints de microprolactinomes, on a pu parvenir à normaliser les fonctions gonadiques grâce à une prescription de bromocriptine. Le peu de patients pour lesquels les taux de prolactine n'étaient pas revenus à la norme, présentaient un fonctionnement normal des glandes génitales, si bien qu'une augmentation de la médication ne fut pas nécessaire. Le taux de normalisation des dosages de prolactine baisse proportionnellement à la hausse du taux de prolactine basale (patients atteints de macroprolactinomes). La dose quotidienne d'agonistes de la dopamine nécessaire à l'abaissement du taux de prolactine augmente parallèlement à la hausse du taux de prolactine basale (voir ci-dessus).


Fig. 15: Macroprolactinome d'extension suprasellaire.
A. avant et B. après un traitement à la bromocriptine. Avant le traitement, on décèle en projection coronaire par IRM une tumeur partiellement cystique, proliférant jusqu'au chiasma optique. Après 3 mois de traitement à 7,5 mg de bromocriptine par jour, l'adénome a nettement régressé de volume. Les nerfs optiques sont de nouveau libérés, la citerne suprasellaire est décelable jusqu'à l'intérieur de la selle turcique.

Fig. 16: Pharmacothérapie réussie d'un macroprolactinome à prolifération invasive dans la base du crâne et évoluant vers le haut (scanner). A. avant et B. sous traitement aux agonistes de la dopamine.
Le traitement a permis une régression totale de la tumeur invasive qui, en raison de son extension, n'aurait pas pu être accessible par traitement chirurgical. Les taux de prolactine extrêmement élevés de 37.000 µg/l ont chuté grâce au traitement à une valeur normale de 21 µg/l . Il s'agit ici de représentations tomodensitométriques. L'intervalle entre les deux examens est de 2 ans, pendant lesquels le patient fut traité sans interruption aux agonistes de la dopamine.

Fig. 17: Patient masculin, 43 ans, atteint d'un macroprolactinome.
A. Évolution du taux de prolactine.
B. Évolution du volume tumoral au cours du traitement aux agonistes de la dopamine. Le traitement au quinagolide a pour résultat une normalisation du taux de prolactine et une réduction importante du macroprolactinome de vaste extension vers le haut (partie inférieure de l'image). Après changement de médication en faveur de la cabergoline, le taux de prolactine reste normal et la tumeur continue de s'atrophier. Aussi bien en projection sagittale que coronaire, on peut constater que la tumeur d'extension suprasellaire qui se prolonge, convexe, jusqu'aux nerfs optiques, s'est considérablement réduite en l'espace de 5 mois et a pris un aspect concave (en bas). En haut à droite, à l'endroit où le cône tumoral proliférait en direction suprasellaire avant le traitement, la représentation coronaire permet de distinguer nettement la tige hypophysaire (en bas, à droite).
On peut aussi observer une régression de la tumeur même si les taux de prolactine ne sont pas revenus à une valeur normale. A l'inverse, la tumeur peut ne pas régresser malgré la normalisation des taux de prolactine.
Au cours d'un traitement prolongé aux agonistes dopaminergiques, la tumeur cicatrise. Après cessation du traitement, les taux de prolactine ne peuvent ainsi plus atteindre le dosage de départ et la tumeur ne peut plus proliférer jusqu'à son volume d'origine, récidives généralement observées dans le cas d'un traitement à court terme.
Toutefois, on constate chez la majorité des patients une reprise de l'élévation du taux de prolactine, même après un traitement suppressif de prolactine suivi pendant 10 ans ou plus.
Une tentative de cessation du traitement aux agonistes de la dopamine ne doit pas avoir lieu avant 3 ans de traitement normalisant en cas de microprolactinome, et de 6 ans en cas de macroprolactinome.
5. Traitement de l´hyperprolactinémie
5. 2 Traitement de la stérilité d´origine hyperprolactinémique
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